Cette semaine, nous vous parlons de notre revisite du célèbre tapis Beni Ouarain. Nous reviendrons sur l’histoire de cette pièce de déco et comment Bohup, en partenariat avec une coopérative de tissage marocaine, le revisite dans une version « récup » et écologique.

Vous connaissez le tapis marocain « Beni Ouarain » ? Peut-être pas de nom, mais il est certain que vous l’avez déjà vu. Il s’agit du célèbre tapis en laine blanche aux lignes et losanges noirs, confectionné dans le Moyen Atlas marocain.

Le tapis Beni Ouarain, une pièce mythique

Tapis Beni Ouarain en laine

Les Beni Ouarain, composés de 17 tribus, constituent l’une des ethnies berbères du Maghreb et occupent le Nord-est du Maroc, dans le Moyen Atlas. Cette région est chaude en été, mais devient froide, humide et enneigée l’hiver, avec des conditions de vie plus difficiles. Un détail qui n’en est pas vraiment un, puisque le climat explique en grande partie l’histoire du tapis.

La communauté rurale Beni Ouarain vit notamment de l’élevage des moutons, mais pas n’importe lesquels. En lien avec la nature et les nuits froides des montagnes, les moutons de la région ont en effet développé une laine épaisse et de qualité. C’est notamment le cas de la race de moutons Marmoucha. Cette race présente une laine longue, de couleur ivoire, sauf sur la tête où la laine est noire. C’est d’ailleurs cette dernière qui est utilisée pour dessiner les motifs des tapis.

A l’origine, le climat a conduit les femmes des tribus à tisser des tapis chaud pour l’hiver, à partir de la laine épaisse tondue. Elles utilisaient et utilisent toujours une laine 100% naturelle, non teintée, ce qui en fait une caractéristique de la qualité de leurs tapis. Cela explique aussi que le tapis Beni Ouarain est toujours de la même couleur, un fond beige clair et des lignes noires… comme leurs moutons !

Il s’agit d’un tapis au point noué. Cela veut dire que chaque brin de laine est noué individuellement et manuellement sur les fils de chaîne du métier à tisser. Pour un tapis de qualité, le nombre de nœuds doit être dense et le temps à y passer également.

Comme pour tous les tapis berbères, les motifs symbolisent leur culture. Le losange est le motif phare du tapis Beni Ouarain qui représente la femme et la fécondité.

D’un usage purement local, s’ensuit le commerce de la laine et le développement de la fabrication des tapis devenus célèbres en Europe et ailleurs.

Du tapis Beni Ouarain au tapis Boucherouite

Si le froid en hiver touche une grande partie des familles rurales du Moyen Atlas, toutes n’ont pas les moyens d’acheter ou de conserver la laine pour fabriquer des tapis pour leur propre usage. L’idée des femmes a alors été de tisser des tapis au point noué, en utilisant, non pas de la laine, mais des bouts de chiffon, des « cherouites » en arabe. De vieux vêtements étaient découpés en fines bandes pour remplacer les brins de laine. Ainsi est né le tapis Boucherouite, le tapis du pauvre, mais aussi le tapis populaire que l’on retrouve dans les entrées des maisons, et même sur les banquettes des taxis. 

Notre tapis boucherouite traditionnel “Anfa”

Bien évidemment, avec des bouts de chiffon, il était impossible de retrouver cette couleur ivoire qui caractérise le tapis en laine. Alors les femmes ont fait preuve de créativité et imaginèrent des tapis abstraits, de toutes les couleurs, parfois les plus exubérantes, en fonction des tissus collectés. Mais elles n’oublièrent que rarement les motifs. L’empreinte berbère y était apposée, les losanges sont redessinés et colorés.

Au fil du temps, et avec la conception de tapis industriels et des moquettes au coût abordable, le tapis Boucherouite s’est retrouvé au placard… Mais il en ressortira des années plus tard comme une œuvre artistique et écologique. Le tapis Boucherouite est, en effet, caractéristique de la « déco récup », éthique et authentique. Des jeunes créateurs marocains le remettent au goût du jour, sous l’impulsion de décorateurs d’intérieurs du Monde entier, y compris ses voisins européens.

Du tapis Boucherouite, au tapis « Beni Cherouite »

Avec notre marque Bohup, spécialisée dans la décoration issue de la récupération de chutes de tissu, nous nous sommes bien évidemment intéressés au tapis Boucherouite. Si nous avons conservé son style coloré traditionnel pour certains de nos articles, nous avons également souhaité le décliner en une version plus sobre, à l’instar du tapis Beni Ouarain.

Du fait de la présence dans la région de Casablanca d’une industrie textile conséquente qui génère des chutes de tissu en grande quantité, il est désormais possible de tisser un tapis d’une couleur homogène. Les fins de rouleaux des ateliers de confection sont trop petites pour l’industrie, mais bien assez grandes pour le tissage d’un tapis au point noué. De plus, nos tapis sont toujours des camaïeux, mélangeant des teintes proches, pour recycler des petites chutes de tissu tout en conservant une teinte générale homogène.

En collaboration avec deux jeunes créatrices de Casablanca et une coopérative de tisserandes de la région, notre gamme de tapis « Beni Cherouite » est née. Bien évidemment, le « Beni Cherouite », au fond beige clair et aux lignes noires fait partie de la collection. Mais avec du tissu, toutes les déclinaisons de couleur sont possibles… ou presque, en fonction de la collecte de la « matière première » !

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